Viens, je t’emmène à la (re)découverte d’une grande dame… un peu piquante et souvent envahissante dans nos jardins, mais pourtant l’un des plus grands joyaux de notre pharmacopée. Tu l’auras deviné : je parle bien de l’ortie.
Si l’on ne devait choisir qu’une seule plante, ce serait elle. Dans cet article, j’explore en profondeur ses vertus mais aussi ses modes d’utilisation qui prêtent souvent à confusion. Tous ses constituants ne se retrouvent pas forcément dans la plante sèche, et certaines préparations, comme l’alcoolature, seront moins efficaces pour certains troubles. On décortique tout ça ensemble.
En herboristerie, on utilise ses jeunes feuilles, ses graines et sa racine… mais ses usages ne s’arrêtent pas là. Autrefois, les fibres de ses tiges servaient à fabriquer cordes, filets et même vêtements. Pour la petite histoire, d’anciennes sépultures ont révélé des habits en ortie vieux de deux mille ans, encore en parfait état. C’est dire à quel point l’ortie a accompagné et nourri l’homme depuis toujours.
Plante nutritive et reminéralisante
L’ortie n’est pas seulement une herbe médicinale : c’est aussi un véritable superaliment. Sa richesse en minéraux et vitamines est incroyable : calcium, potassium, fer, zinc, sélénium, vitamines du groupe B, vitamine C… Elle regorge aussi de chlorophylle et de flavonoïdes.
Sa force réside dans cette grande richesse en micronutriments.
L’ortie en cuisine,
on la consomme toujours cuite, pour éliminer l’acide formique des poils urticants : soupe, quiche, lasagnes ou avec des pommes de terre… J’apprécie également réduire ses feuilles ou ses graines en poudre à saupoudrer dans mes plats. Un aliment délicieux et très soutenant pour la santé.
Action Systémique
L’utiliser dans l’alimentation est une excellente idée, mais pour agir vraiment sur certains troubles de santé, il faudra privilégier une forme médicinale et une prise sur une durée d’au moins trois semaines. Retenons surtout que son action nutritive renforce les tissus, réveille les organes paresseux et rééquilibre les glandes endocrines. Ses constituants agissent en symbiose, sous forme de totum, et c’est ce qui fait toute la magie de cette plante. Elle sera donc particulièrement indiquée en cas d’épuisement chronique, de convalescence, de maladies chroniques et dégénératives, de surmenage ou de perte de poids.
Conseil pratique : Pour profiter au maximum de ses minéraux, préparez une infusion longue d’au moins 30 minutes.
Son action sur les déchets métaboliques
L’acide urique, ou déchet azoté, est un sous-produit normal de la dégradation des protéines en acides aminés. Quand nos organes d’élimination fonctionnent au ralenti, il peut s’accumuler dans les tissus, entraînant goutte, eczéma, irritations ou calculs rénaux.
L’ortie, sous forme d’infusion ou d’alcoolature, mobilise l’acide urique vers le sang, pour qu’il soit traité par les reins avant excrétion. La diurèse augmente uniquement si le corps a un excès de déchets azotés, puis se normalise ensuite. L’urine peut être foncée, parfois orange, les premières semaines.
⚠️ L’ortie n’est donc pas une plante diurétique “pure” : elle agit intelligemment sur le corps, et non comme une simple “plante nettoyante”.
Ça pique !
Les poils des tiges et feuilles fraîches contiennent de l’acide formique, ce qui leur donne ce côté urticant.
Un usage très ancien consistait à se frotter la plante fraîche sur une zone inflammée pour augmenter l’afflux sanguin et stimuler les nerfs. Cette technique, un peu rude mais, selon plusieurs sources fiables, très efficace, favorise la réparation des tissus et diminue la douleur. À réserver, si tu en as le courage, pour l’arthrose, les rhumatismes ou les zones paralysées.
L'alliée de la peau, des cheveux et des ongles
Grâce à son action soutenante sur les systèmes d’élimination (notamment pour l’acide urique) et sa richesse minérale, elle aide à tous les problèmes de peau, y compris l’eczéma.
Sa teneur en silice revitalise également les ongles et cheveux fragiles.
Rhume des foins & allergies
C’est une plante phare pour le rhume des foins et l’asthme. Elle modifie le terrain allergique si elle est prise régulièrement pendant trois mois avant la saison des allergies. Lors d’une crise, elle se montrera également efficace.
Conseil pratique : les propriétés anti-histaminiques sont surtout présentes dans la plante fraîche. On privilégie donc l’alcoolature de feuilles fraîches, plus facile à prendre sur une période longue. Une prise de 3 mois sans interruption sera nécessaire pour travailler de façon préventive sur les allergies aux pollens.
Santé de la femme grossesse et allaitement
Sa richesse en minéraux et vitamines fait de l’ortie une plante phare pour la grossesse, le postpartum, et même en préconception pour renforcer le corps de la future maman.
Richesse en fer : lutte contre l’anémie et la fatigue pendant la grossesse et le postpartum.
Stimulation de la lactation : enrichit et augmente la production de lait.
Vitamine K : prévient les hémorragies à la délivrance et limite le risque hémorragique pour le nouveau-né.
Conseil pratique : on évite la plante fraîche, trop stimulante pour l’utérus, et on privilégie l’infusion longue de feuilles sèches.
Une cure d'ortie
Tout au long de cet article j’ai insisté sur la méthode d’extraction des principes actifs. En effet les minéraux sont solubles dans l’eau mais le seront à peine dans l’alcool. De même que les composés anti-histaminiques sont présents dans la plante fraîche mais presque absents de la plante sèche.
Infusion de feuilles
5 g de feuilles sèches pour 1 litre d’eau à 90°C, infusées 30 minutes, à boire sur la journée.
Poudre fine de feuilles préparée à la façon d’un matcha : 5 g, en deux prises, infusés 15 minutes dans une tasse d’eau à 90°C.
Alcoolature
Feuilles fraîches infusées dans l’alcool : 25-30 gouttes dans un peu d’eau, 3 fois par jour.
Les feuilles sèches sont moins intéressantes pour cette préparation.
Alors, si tu hésites encore sur quelle plante choisir, tourne-toi vers l’ortie : ses usages sont tellement vastes, tu ne pourras pas te tromper !
Hop, c'est parti pour la cueillette !
Munie d’un beau panier, d’un grand drap et d’une petite faucille (un bon ciseau fera également l’affaire), je pars chaque printemps cueillir les jeunes feuilles d’ortie. Je te dévoile mes petits secrets de tisanière…
Les jeunes feuilles
Les propriétés de l’ortie résident dans les jeunes feuilles. Une fois les fleurs en formation, la période de cueillette est terminée ! Je la prélève donc souvent autour du début du mois de mai. Je ne prélève que le haut de la plante afin d’éviter les parties abîmées ou sales.
Un séchage de qualité
L’ortie est une plante assez sensible à l’oxydation et à la fermentation. La cueillette nécessite donc quelques précautions pour empêcher ce phénomène : placer le panier à l’ombre et surtout ne jamais tasser les plantes.
De retour chez soi, on étale rapidement le fruit de la cueillette dans un séchoir. Il est aussi possible de réaliser des bouquets à suspendre.
L’ortie sèche assez rapidement et doit conserver sa couleur vert foncé. Gage de qualité. J’enlève les grandes tiges mais conserve les petites et je stocke le tout dans un sachet en papier alimentaire. Elle peut vraiment se conserver longtemps !
Les graines se récoltent également mais nécessitent une transmission de main à main. Je n’en parle donc pas ici.
L’art ancestral de la cueillette des plantes est un enseignement que je transmets au travers de mon cursus en Tisanerie. Chaque plante est unique et nécessite un savoir-faire particulier de la part du cueilleur.
Tu souhaites aller plus loin ?
J’organise chaque année une Formation Longue en Herboristerie Traditionnelle sur 8 journées, l’ortie ainsi que bien d’autres plantes font partie intégrante de ce beau voyage que je t’invite à découvrir.